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2 avril 2010

Waka Tokoris

La danse des Waka Tokoris, l’un des rythmes phares du Carnaval de Oruro, est une manifestation totalement métisse et significative de la manière dont s’imbriquent les cultures européenne et autochtone en Bolivie. La série de personnages présents trouve son origine historique à l’époque de la conquête espagnole et illustre ses conséquences dans le milieu rural, en particulier aymara, avec l’implantation des élevages bovins dans les communautés indigènes. Le taureau est ainsi représenté, de même que la « lechera » ou « dama Manola » qui se charge de la vente du lait et de la viande, montrant son opulence et la prospérité de son commerce par la multitude de ses jupons qui font d’elle une femme importante, dans tous les sens du terme. La danse des Waka Tokoris - Urkupiña 2007
(Photos:émilie)

Mais même si avec l’exploitation des troupeaux les aymaras semblent avoir trouvé un bénéfice à l’arrivée des espagnols, deux univers s’opposent cependant. D’une part, le monde rural andin, représenté par ses bergères ou « pastoras » et les « kusillos », sorte de bouffons sautillants qui, à l’image du renard à l’affût d’une proie, poursuivent les jeunes filles de leurs avances entreprenantes. D’autres part, les personnages du torero et de l’espagnole, tous deux amplement satirisés et ridiculisés par leurs costumes et leurs attitudes empruntées, représentent toute une partie de la culture des envahisseurs que les autochtones ont toujours rejetée. Notons que dans les fêtes autochtones rurales aujourd’hui, ces deux derniers personnages sont souvent absents.
Encore une fois, la danse hautement symbolique des Waka Tokoris nous démontre que, malgré la violence de la conquête espagnole et leur apparente soumission, les indigènes ont souvent su tirer partie de la situation pour la tourner à leur avantage, et ainsi faire perdurer leur culture à travers les siècles. La danse du Waka Tokoris, joyau du carnaval de Oruro, est pourtant peu interprété par les groupes de musique des Andes en France.
Un nouveau défi pour le Grupo Sagarnaga ?

31 juillet 2009

Autochtone? Traditionnelle? Folklorique?

Plusieurs dénominations, une certaine confusion entre les différents termes, un peu d'aide pour s'en sortir! -avec la contribution de musiciens boliviens pour préciser chaque notion-.

La musique autochtone:

c'est celle qui se joue dans les communautés, héritière des peuples andins et d'une tradition millénaire, avec des instruments datant des temps précolombiens. C'est par exemple les khantus, tarkeadas, italaques, sikureadas, chaque rythme correspondant à un instrument, parfois à une danse, souvent à un moment précis du calendrier agricole. La musique autochtone est avant tout rituelle -citons par exemple les jula julas qui précèdent le tinku-.

Sikuri de Italaque - Bolivia Manta

La musique traditionnelle:
se joue aussi dans les campagnes, est traditionnelle de par sa correspondance avec des danses, mais intègre déjà des instruments européens ou influencés par ceux apportés par les espagnols -c'est le cas du charango, descendant de la vihuela coloniale, mais qui est un instrument traditionnel par excellence puisqu'il est profondément bolivien, de par sa fabrication -il est né de la carapace du quirquincho, le tatou- ainsi que son origine -Norte Potosi-. Le tinku ou le huayño sont donc des rythmes traditionnels.


Chicharron Montera - Norte Potosi



La musique folklorique:
urbaine, moderne, elle est jouée par des groupes et évolue au fil du temps tout en gardant ses caractéristiques propres: rythmes -morenadas, caporales, diabladas...-, instruments -guitare, charango, quena, zampoña, auxquels viennent s'ajouter des basses, batterie...-. Los K'jarkas ou los Tupay par exemple jouent de la musique folklorique.


Soy Caporal - Tupay



Petite illustration. La fête de Urkupiña à Cochabamba, Bolivie. A l'origine, le Cerro de Cota était un lieu de pélerinage ancien; puis on vient aussi y honorer la Vierge qui y serait apparue. La fête commençait par une "entrada autoctona", une sorte de défilé de musiques des communautés à travers la ville de Quillacollo.



Par la suite, la "entrada autoctona" fut substituée par une "entrada folklorica", une série de morenadas, caporales, diabladas, tobas en costumes multicolores et accompagnées de bandas (les fanfares). Aujourd'hui, la fête de Urkupiña le 15 août s'ouvre par les deux "entradas", l'autochtone puis la folklorique.


Musiques autochtone, traditionnelle et folklorique ont à part égale leur place dans le répertoire du Grupo Sagarnaga.

(Photos:émilie)

24 juillet 2009

Le tinku

Nous sommes dans la province de Macha, Norte Potosi, en Bolivie. Deux communautés sont face à face pour le tinku. Les hommes arrivent en groupe vers le centre du village où va se dérouler le combat rituel. Ils portent des chapeaux durs et leurs mains sont équipées de griffes. Ils s'avancent vers la place au son des jula julas - de grandes flûtes de roseau- qui vont stimuler les guerriers pendant toute la durée du combat.
Jula Julas - Arawi
La communauté qui sortira vainqueur au terme de l'affrontement dominera l'autre au nom de la loi du plus fort, et le sang versé fertilisera la Terre Mère, la Pachamama. Dans ce rituel ancestral dont l'origine remonte aux temps précolombiens, l'alcool -souvent la chicha, un alcool de maïs fermenté- joue un rôle très important en ce qu'il stimule les hommes dans le combat et est aussi indissociable de la fête.

Voyez cette video de You Tube qui nous montre un tinku dans le village de Pocoata, Norte Potosi, et dans laquelle on entend très distinctement le son des jula julas.





Aujourd'hui le tinku est surtout un rythme musical, une danse que l'on peut voir dans tous les carnavals et les fêtes folkloriques. Cependant, pour ne pas perdre le fil de la tradition et afin d'en véhiculer tout le sens, le Grupo Sagarnaga a décidé depuis quelques temps de jouer lors des concerts des jula julas avant le tinku. Nous souhaitons ainsi donner au public l'explication de l'origine de ce rythme et par la même occasion lui faire rencontrer plus précisément les traditions andines.

Les tinkus à la fête de Urkupiña à Quillacollo - Cochabamba, Bolivie

(Photo:emilie)